" The EART without ART is just EH "











Depuis deux ans, le passage
de la Bourse abrite un café-librairie bien connu des passants et des habitués… A
« Livre ou Verre », le client est roi et peut se plonger dans les
pages d’un livre tout en dégustant quelques gourmandises. Mais ce n’est pas
tout. « Livre ou verre » est également un lieu de rencontres en tous
genres… Aux commandes de ce concept, Blandine Grandchamps, une jeune
femme pleine d’ambitions
.





Blandine  a étudié la sociologie et l’anthropologie
et a enchaîné avec la communication en master à Louvain-La-Neuve. Ses stages,
notamment pour le Rockerill et le festival d’humour « Rires sur la ville »,
l’ont confortée dans l’idée de travailler dans le domaine culturel. Fille de
bouquinistes et passionnée de littérature, Blandine s’est lancée dans la même
aventure que ses parents grâce à la découverte du concept de « café-librairie ». 





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Comment est née cette idée de développer
un « café-librairie » à Charleroi ?





C’est en partant à Rome durant mon master que j’ai découvert
ce principe de café-bouquinerie. Après, j’ai pris une année sabbatique et je me
suis rendue en Argentine pour faire du bénévolat. Là, j’y ai à nouveau
rencontré ce type de lieux totalement atypique et cela est resté dans un coin
de ma tête. A mon retour, mes parents m’ont proposé d’occuper ce bâtiment vide
car ils n’arrivaient pas à le louer. Ça a été le déclic, j’allais ouvrir un « café-librairie ».
De plus, mes parents sont bouquinistes depuis plus de 30 ans et détiennent la
librairie Fafouille
, ici juste à côté, ça tombait donc sous le sens !





Est-ce que la passion est une condition pour ouvrir ce type
de commerce ?





Oui évidemment.  Disons
que, d’une part, pour un café, les gens qui en tiennent un sont en général
passionnés par l’Horeca, le contact, la communication… En littérature, je pense
qu’il faut s’y connaître pour pouvoir conseiller les clients et pour le côté
événementiel, être passionné est une évidence car si on ne l’est pas, cela
devient rapidement fatiguant comme métier.





Votre café-librairie sert également d’endroit de rendez-vous
culturels…. Comment choisissez-vous les
événements que vous organisez dans
votre commerce ?





Je me le demande tous les jours (rires). Au tout début
du projet, je pensais devoir faire beaucoup de moi-même pour trouver des ressources,
des experts, des acteurs culturels, des artistes… Mais au final, le bouche à
oreille a fait son job !  Pour
débuter, il n’y avait pas réellement de sélections.  Je venais de me lancer et je prenais ce que l’on
me proposait car j’avais envie de faire connaître le lieu prioritairement et
puis je trouvais que c’était du win-win pour les artistes/conférenciers comme
pour moi… On y gagnait à se faire connaître les uns et les autres. Désormais, après
deux ans d’expérience, des choses me plaisent plus et d’autres moins c’est
évident mais il faut penser également à son public.


 Certains événements se font plus en fonction de mes goûts d’autres
en fonction de mon public, des retours et des demandes. Le but de ces
rencontres est de faire connaître les acteurs carolos mais je suis ouverte à
ceux venant d’ailleurs aussi… J’ai d’ailleurs reçu des canadiens et des italiens !





Est-ce que les événements que vous organisez sont fréquentés par vos clients habituels ou par une autre catégorie de personnes ?





En fait, les deux se nourrissent donc maintenant je commence
à avoir un public habituel du café qui est curieux vis-à-vis de ce que j’organise
et qui devient donc habitué aux événements et aux acteurs culturels. Puis, il y
a des gens des viennent seulement pour les événements qui découvrent le lieu et
finissent par réapparaître quelques jours plus tard... Le public est assez disparate,
on ne sait plus qui vient pour quoi mais il y a des assidus, ça c’est sûr. Chaque
événement apporte son propre public. Et comme ceux-ci sont différents
les uns des autres, cela crée un public diversifié et vaste…





Quel est le but de ces conférences/expos/concerts, outre le
fait de divertir ?





Beaucoup de conférences sont axées sur le bien-être car j’ai un
grand nombre de demandes. J’essaie de plus en plus de développer un pôle « sensibilisation »
à l’environnement, le féminisme, et diverses autres thématiques mais c’est
difficile à mettre en place car les acteurs sont difficiles à avoir, à inviter.
Mon but est de m’aider de ce lieu pour faire de l’éducation permanente.





Quelle place la culture occupe-t-elle (ou devrait occuper)
dans nos vies ?





Déjà, qu’est-ce que la culture ? C’est tellement
large. Je pense que la culture en tant qu’art, occupe déjà beaucoup nos vies. Par
exemple, même si je ne suis pas forcément pour la publicité, elle est partout
et c’est une forme d’art. Je pense que la culture pourrait effectivement
occuper plus nos vies, même si selon moi, cela dépend de quelle « culture ».
Il faut l’utiliser à bon escient.





Que pensez-vous du développement actuel de Charleroi et des
futurs projets qui vont s’y dérouler (Plan de développement Charleroi
2019-2024) ? Selon vous, est-ce que la culture est assez prise en compte
dans ces projets ?





Je pense que oui. D’ailleurs, j’ai fait mon mémoire là-dessus
(rires).  Je pense que la ville a
clairement axé la culture comme vecteur de dynamisation. La ville de Charleroi
soutient les gros opérateurs culturels en général mais également les petites
choses qui foisonnent et qui se soutiennent déjà entre elles. Il y a une vraie
solidarité du monde culturel à Charleroi.





Statistiquement, de moins en moins de jeunes s’intéressent à la
culture, que ce soit par manque d’intérêt, de temps ou d’argent. Quelles
seraient les solutions pour encourager les jeunes à s’intéresser à la
culture ?





Cette question est difficile. Moi par exemple, en ouvrant ce café-librairie mon but était de faire en
sorte que les gens se ré-intéressent à la littérature, à la culture en leur proposant
de pouvoir commencer un livre sans forcément l’acheter et pas acheter un livre
seulement parce que la couverture est jolie… C’est acheter plus consciemment. J’ai
introduit ici le concept de « livres surprises » ; c’est plus pour le
côté « aventure » car pour moi, on n’achète pas seulement un bouquin,
on achète également l’expérience que l’on va avoir avec ce dernier. Pour tout
ce qui est événements culturels, comme le théâtre, j’ai l’impression que
malheureusement cela intéresse de moins en moins de gens. Comment les attirer ?
c’est une question difficile… La gratuité, je ne suis pas forcément pour. Tout
simplement parce que le métier d’artiste, est un métier comme un autre qui
mérite un salaire. Faire que ce soit peut-être un peu moins cher, cela pourrait
être une idée… Mais je pense qu’il y a d’autres manières ; les écoles devraient
faire plus de sorties culturelles ou bien amener l’Art à l’école ou organiser des
visites dans les coulisses des métiers plus techniques/sociaux/culturels.





Vivons-nous dans un monde plutôt ouvert ou fermé, selon
vous ?





Je pense que le monde du culturel fait peur aux gens. Beaucoup
pensent qu’il faut avoir un certain gabarit, un certain niveau intellectuel
pour s’ancrer dans ce milieu… Alors que chacun interprète l’Art/la culture
comme il en a envie ! Il n’y a pas que de l’intellectuel ou de l’abstrait…
il y a tous les métiers techniques, la communication, les métiers de l’ombre pour
faire fonctionner le monde culturel.





Comment voyez-vous l’avenir de la littérature, de la culture,
des arts dans quelques années ?





Mmmmh… à vrai dire je ne sais pas (rires).
Statistiquement, on nous dit que les jeunes lisent moins, s’intéressent moins
alors qu’ici, dans ce café, ce n’est pas vrai. Je l’observe tous les jours ;
ce sont plus des jeunes personnes qui viennent vers la littérature et ce que je
propose comme événements plutôt que les personnes adultes ou âgées. Je ne pense
pas que la culture puisse mourir, disparaître ou désintéresser complètement la
population. Il faut juste trouver des moyens de la diffuser et s’adapter à
ce qui existe comme les réseaux sociaux.





La culture est-elle toujours un vecteur de croissance aujourd’hui ? Pourquoi est-elle importante au développement de
tout un chacun ?





Oui c’est un puissant vecteur ! Pour l’ouverture au
monde, pour comprendre l’Autre, pour comprendre que chacun peut avoir une interprétation
différente d’une chose…. D’ailleurs il y a une phrase en anglais, un peu bateau
mais que je trouve très belle qui dit : « The EARTH without ART is
just EH
» (rires). Au final, sans l’art, et l’art se retrouve partout,
on vivrait tous dans des petites huttes et on ne serait pas curieux, ouverts, heureux !





Un conseil lecture ?





Il y en a trop (rires) ! Mais récemment, la série
« His Dark Materials » est sortie et j’ai accroché. Du coup je
me suis mise à lire les livres dont la série est adaptée… C’est « Les
Royaumes du Nord
 » de Philip Pullman. Je trouve que cela n’est pas
approprié de qualifier cette œuvre littéraire de « littérature jeunesse »
car c’est violent, percutant. J’ai adoré ces livres et je ne peux que les
conseiller car ils sont empreints de réflexions et de philosophie.











Livre Ou Verre : Passage de la Bourse, 6 - 6000 Charleroi



















PS : cette interview a été faite dans le cadre de mon cours de " Techniques de journalisme " mais je la trouvais bien trop intéressante que pour ne pas la partager :-)  et ici elle est dans son intégralité :-D 








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